07/06/2011
« Grandir Dignement » tout un programme pour le Centre de rééducation pénitentiaire de Madagascar
Rédaction Frédérique Williame, France Volontaires
Hélène et son mari David sont volontaires de la Délégation Catholique pour la Coopération (la DCC) depuis 2 ans. Venus à Madagascar dans le cadre d’une association proche des Salésiens de Don Bosco, on leur a proposé de travailler dans le seul Centre de rééducation pénitentiaire de Madagascar, Mandrosoa, à une vingtaine de kilomètres d’Antananarivo, la capitale. Ils ont d’abord apprivoisé les lieux, posé leur diagnostic avant de proposer des actions et de créer l’association « Grandir Dignement ». Rencontre avec deux éducateurs de choc et de cœur.
Priorité : l’amélioration des conditions de vie des enfants
« Lorsque nous sommes arrivés, au début de notre mission de volontariat, la centaine d’enfants présents (de 8 à 18 ans) étaient enfermés 14h par jour. Le reste du temps, ils restaient assis dans la cour, hébétés, sans la moindre activité », raconte Hélène. Certains ont commis des actes de délinquance plus ou moins graves et attendent leur procès, d'autres sont simplement arrivés au centre suite à des difficultés diverses (abandons, orphelins, enfants des rues...). Aujourd’hui, ils occupent leur journée en classe, en formation Agriculture ou Maçonnerie. Durant leur pause, ils jouent au basket, aux petites voitures, aux boules, aux cartes, au foot… L’animateur malgache de l’association propose des activités éducatives, lit des histoires et s’est lancé dans la fabrication de savon pour assurer une petite ressource financière.
Tandis qu’Hélène plaisante avec les enfants (en malgache qu’elle parle couramment) et les interpelle chacun par leur prénom, Yves, le formateur Maçonnerie explique : « A la sortie du centre, nous faisons une attestation de formation. Les jeunes sont suivis par l’association Sentinelle qui leur cherche une place ». Il encadre 22 détenus qui ont construit une salle de classe et réparent le mur d’enceinte du centre.
Tous les jeudis, des bénévoles de Don Bosco concoctent et servent le seul repas avec viande ou poisson de la semaine. « Les enfants ne souffrent pas de sous-nutrition mais plutôt de malnutrition : c’est la luzerne qui nous sert de complément alimentaire », assure Hélène.
L’horreur carcérale à portée de main
Les conditions de vie dans le centre pénitencier se sont indéniablement améliorées depuis 2009. La cour est propre et arborée, les bâtiments ont été repeints de blanc. Mais la violence, la crasse et la brutalité ne sont pas loin. Le soir, David et Hélène retournent à leur vie de famille et les jeunes à leurs dortoirs pouilleux, s’entassant à trois par lit pour les plus jeunes. C’est alors la loi du plus fort qui règnent. Plus de jeux, plus de gestes tendres d’Hélène, c’est l’heure des règlements de comptes et des bastonnades.
Des caméras ont bien été installées dans les dortoirs, mais fixes et ne filmant qu’un tiers de la pièce, elles manquent d'éfficacité. L’association Grandir Dignement a demandé et obtenu la présence d’éducateurs de nuit dans les dortoirs. Actuellement en recrutement, ils pacifieront les heures d’enfermement nocturnes.

Pour lutter contre la maltraitance, les deux volontaires tentent de former le personnelpénitentiaire. Expliquer les actions de Grandir Dignement, convaincre les gardiens de ne pas frapper et humilier les jeunes détenus… Pas toujours facile : les comportements violents sont perçus comme inhérents à la fonction.
Bientôt un cadre pour régir les centres de rééducation pénitentiaires
L’action en milieu carcéral de Grandir Dignement porte néanmoins ses fruits au plus haut niveau de l’Etat. En effet, l’administration pénitentiaire a demandé à l’association des propositions en vue d’un cadre spécifique régissant les centres ; deux nouveaux centres vont ouvrir au Nord et au Centre du pays et la loi les régissant mérite un dépoussiérage. « C’est notre expérience de terrain qui a joué. Mais nous n’avons pas la moindre compétence législative. Nous participons donc à une table ronde où siègent des professionnels et faisons le lobbying nécessaire au vote de cette loi », explique Hélène, mi-fière, mi-désemparée.
« Nous sommes partis pour un an à Madagascar, et nous finissons… notre troisième année ! Plus on avance, plus on voit les problèmes qui restent. Alors pourquoi ne pas continuer ? », réfléchit tout haut Hélène. Et pourtant les conditions de vie de ses deux volontaires sont modestissimes. Nul doute sur l’engagement personnel et l’accomplissement professionnel du couple.
Hélène et David, c’est l’alliance de l’abnégation, de la douceur, de la persévérance et du professionnalisme ; un cocktail détonnant qui met (enfin) la rééducation au cœur du centre pénitentiaire de Mandrosoa.
Un financement associatif à la force du poignet
Lors de leurs congés en France, Hélène et David ont toujours Grandir Dignement en tête : ils organisent entre 6 et 8 conférences et collectent ainsi 5 000 € de bienfaiteurs privés. Kermesses scolaires, ventes et concerts de gospel complètent le budget annuel. Pas le moindre financement public.
Plus d'informations sur le site de Grandir Dignement et sur la page fan Facebook de l'association.
Retrouvez également les partenaires, la DCC et France Volontaires.
Tous les renseignements sur le volontariat à Madagascar sur le site dédié aux volontaires.
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18:11 Publié dans Témoignages | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : prison, rééducation, carcéral, pénitencier, enfants, enfant, madagascar, volontaire, volontaires, volontariat, mission, mandrosoa |
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