14/05/2012
Pérou, les mains de Qosqo Maki
25 ans après son passage à Cuzco dans les Andes péruviennes et son premier choc face aux enfants des rues, Isabel Baufumé, simple touriste française à l’époque, est toujours aussi indignée, déterminée et énergique. La ville a changé, la vie aussi, mais pas question de laisser les enfants des rues livrés à eux même. En fondant Qosqo Maki, ‘les mains de Qosqo’, elle leur a proposé des échappatoires, des opportunités, voire des solutions ; à eux de les saisir.
La réinsertion sociale par des puzzles
Livrés à eux-mêmes, dormant sur les étals du marché, parfois drogués, les enfants des rues de Qosqo n’ont qu’un seul mot d’ordre : survivre. Approchés avec finesse et patience par Isabel, ils lui proposent en 1987, l’idée de fabriquer des puzzles en bois à partir de photos ou de dessins. Une fois la production terminée, ils se répartissent les puzzles et les vendent. Une partie de la vente est reversée à l’enfant et l’autre est directement réinvestie dans l’atelier. La gestion et l’organisation du travail sont les premiers pas vers la réinsertion sociale.
Puis, toujours à la demande des enfants, un dortoir s’organise, sur la base d’une caisse commune, avec l’aide de volontaires pour les encadrer. « Chaque enfant contribue en apportant l’équivalent du prix d’un pain », raconte Yeny Arriaga Calderón, ancienne volontaire et actuelle directrice administrative de l’association à Cuzco.
Aujourd’hui, l’association s’est développée et propose un accueil de nuit (entre 15 et 20 enfants y dorment), des activités pédagogiques et surtout un accompagnement personnalisé ainsi que des possibilités de scolarisation et professionnalisation. L’atelier de menuiserie est devenu une véritable entreprise que les jeunes peuvent intégrer en tant que salariés. Ils sont encadrés par des professionnels et des éducateurs. Une boulangerie-cafétéria française a également vu le jour. Wilfredo, jeune Cuzquénien à l’enfance difficile et récompensé du titre officiel de « Meilleur boulanger des Amériques », en est l’exemple phare.
« Notre projet associatif est de sensibiliser la société à la situation des enfants et adolescents travailleurs de Cusco afin de changer les politiques publiques et d’améliorer leurs conditions de vie », souligne Yeny. L’association peine cependant à responsabiliser les autorités locales, et les aides publiques sont souvent insuffisantes pour couvrir les besoins de l’association, surtout en ressources humaines. « Il faut être têtu pour obtenir quoi que ce soit, ici ! », plaisante Yéni, pourtant éreintée par ses visites quotidiennes à la mairie pour réclamer les arriérés de subvention… D’où le renforcement des capacités de l’équipe via différents programmes de volontariat, notamment internationaux.
Les volontaires en appui à l’équipe locale
« Une partie de nos animateurs sont d’anciens enfants des rues, ce qui motive les autres, précise Walter Herera, le directeur de Qosqo Maki, mais nous avons besoin des volontaires. Ils sont 6 pour une dizaine de salariés, auxquels il faut ajouter les stagiaires péruviens. Ce sont des gens très engagés, il nous faut même parfois les freiner ! » raconte Yeni.
Maryse Boyer, jeune Volontaire de Solidarité International (VSI), vient d’arriver à Qosqo Maki. Psychologue de formation, elle confirme : « Après un an de travail en milieu carcéral à Montpellier, je voulais vraiment m’investir auprès des enfants des rues en Amérique Latine. » Mais son niveau d’espagnol pèche. Qu’à cela ne tienne, elle envoie son CV dans maintes associations au Pérou : « C’est comme ça que je suis entrée en contact avec Qosqo Maki. C’est finalement la Délégation Catholique pour la Coopération (DCC) qui m’a recrutée et formée avant le départ. »
Indemnisée 100 € par mois et logée chez le responsable de l’atelier menuiserie, Maryse est en immersion totale dans la vie cuzquénienne. « Quelques semaines après mon arrivée, j’observe surtout. Les enfants et moi, nous nous apprivoisons. Ils ont beaucoup de rapports tactiles ; ce qui déstabilise tous mes repères professionnels. » Avec un contrat d’un an pour assurer le suivi psychologique des enfants de Qosqo Maki, Maryse avoue sans détour : « Le contexte est dur mais quelle magnifique opportunité que d’être volontaire ! »
Le travail est formateur : il apprend aux enfants la débrouillardise et l’autonomie”, assure Isabel, visage buriné par l’altitude et voie rauque. C’est aussi ce que le volontariat apprend aux volontaires… entre autres.
Rédaction Frédérique Williame et Sophie Perdriset
DCC
Qosqo Maki
France Volontaires
L'Espace Volontariats Pérou de France Volontaires
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07/05/2012
Un volontariat au Togo, mission : éducation
Livia Goldstein est une volontaire française qui travaille auprès de l’association AJPdec (Association des Jeunes Promoteurs pour le Développement et l’Echange Culturel). Sa mission, d’une durée de 6 mois, se déroule à Hihéatro, près d’Atakpamé. Livia intervient de diverses manières auprès de l’orphelinat « Foyer Maison de Jephte », dirigé par le pasteur Anthony Sossou. Elle témoigne.
Apprendre, c’est comprendre
Tout d’abord, je fais de l’enseignement dans l’école qui dépend du foyer, ce qui rentre dans ma mission de base. Je donne des cours de français (orthographe, grammaire, vocabulaire, lecture, construction de phrases, conjugaison) en collaboration avec le professeur de la classe de CM1/CM2 de l’école Main de Dieu, rattachée à l’orphelinat. Dans l’ensemble des cours que j’ai donnés, j’ai essayé de mettre l’accent sur la compréhension, ce qui est très peu fait dans les méthodes d’ici, basées beaucoup plus sur l’apprentissage « par cœur ». J’utilise le tableau, et tente de rendre les cours au maximum interactifs.
J’ai un peu modifié l’approche de la lecture. La méthode habituelle est de recopier au tableau un paragraphe d’un texte, de le faire copier aux enfants dans le cahier (souvent avec des fautes) et de le lire après. J’ai préféré chercher un texte par moi-même et le photocopier pour tous. Du coup, les enfants ont reçu chacun un exemplaire, que l’on peut manipuler, relire, travailler. Par exemple, colorier les paroles de chaque personnage dans une couleur différente, pour faciliter la lecture à plusieurs.
Démontrer par l’exemple
Les méthodes de pédagogie actuelles sont entièrement basées sur la punition, surtout la punition corporelle. Or, si on veut modifier un comportement (ici, le comportement d’apprentissage des leçons), seule la récompense fonctionne. J’ai adapté et simplifié ce système pour l’utiliser en classe. Il est très simple : une feuille (« tableau d’honneur ») est accrochée à l’entrée de la classe, visible par tous. Dès que l’on fait un devoir, celui qui a soit tout juste, soit la meilleure note, a un trait rouge à côté de son nom. Au bout de 5 barres, l’élève reçoit une petite récompense (tirée pour l’instant du matériel que j’ai amené avec moi): stylo bic, gomme.
Les récompenses pourraient aussi être moins matérielles: diplôme de « l’élève de la semaine », bon point. Ce système fonctionne plutôt bien. Les élèves sont motivés par l’envie d’avoir un trait sur le tableau, autant pour la récompense que pour la fierté d’être celui qui en a le plus. J’ai aussi initié le début d’une coopération entre élèves, en essayant de faire de temps à autre, des exercices en « équipe » au lieu d’être toujours seul. Cela leur apprend à travailler en groupe, comme ils devront le faire à partir du collège. Or, ils n’en ont absolument pas l’habitude.
J’ai mis en place une « pédagogie par l’exemple», c’est à dire que j’essaie plusieurs nouveautés, plusieurs systèmes. S’ils fonctionnent, j’espère que le professeur en tiendra compte dans ses cours futurs. Il m’a déjà dit qu’il trouvait des choses intéressantes dans ma façon de faire et que cela lui « apprend beaucoup et qu’il est très fier ». J’ai remarqué quelques changements : il apporte de temps en temps, une récompense. «Celui qui réussit à trouver la solution se voit recevoir un bout de craie ». Il porte aussi un peu plus d’attention à la compréhension : parfois, il explique la leçon qu’il vient de copier au tableau.
De mon côté, j’utilise certaines de ses méthodes que je trouve intéressantes, comme par exemple, s’appuyer sur la vie quotidienne pour mettre le cours à la portée des enfants.
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08:00 Publié dans Engagement associatif, Espaces volontariats, Témoignages | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : togo, volontariat, éducation |
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23/04/2012
Microsol, une entreprise sociale péruvienne sur le marché carbone
Crédits carbone, cuisines en terre et congés de solidarité… quel point commun ? Microsol, la petite entreprise sociale qui compte sur les crédits carbone pour réduire la pauvreté au Pérou. Créée en 2008, elle répond au développement croissant des nouvelles technologies associant la responsabilité sociale et environnementale encouragées par le protocole de Kyoto. Désormais implantée en Bolivie, Equateur, Colombie et Mexique, elle bénéficie de l’expertise de volontaires français en congés de solidarité.
Atténuer les effets négatifs du changement climatique
Microsol développe un programme regroupant plusieurs projets visant à la réduction durable de l’émission de CO2 et l’application de bonnes pratiques sociales. Ce programme est ensuite présenté à un organisme mondial de certification : « Il y a pas mal de requins dans ce milieu… » assure Leny Huaman, directrice de la communication de Microsol. Une fois la certification obtenue, chaque projet génèrera des crédits carbone qui seront échangés sur le marché international du carbone et donneront lieu à des rétributions financières.
En favorisant l’ouverture du marché carbone à tous les acteurs, le petit Poucet Microsol soutient tous ceux qui désirent développer de nouvelles technologies dites « propres » afin d’améliorer les conditions de vie des plus pauvres et atténuer les effets négatifs du changement climatique. Microsol est la première entreprise à avoir créé un pont entre le monde des ONG et les plateformes ultra-capitalistes d’échanges de carbone.
Un premier défi remporté avec les cuisines améliorées
Qori Q’oncha ("Cuisine en or") est le premier programme de cuisines améliorées enregistré sur le marché carbone au niveau mondial. Deux ans d’attente, 20 000 cuisines améliorées, 150 000 bénéficiaires ; il a permis une première rétribution de 670 000 $ en faveur des projets de cuisines améliorées. Aujourd’hui, Microsol cherche à développer d’autres technologies dites propres : fours solaires, biodigesteur, micro-éolienne… Outre le suivi, les conseils et les formations, Microsol publie et diffuse des études sur ces nouvelles technologies et leur impact écologique et social.
Présente au Pérou, en Bolivie et plus récemment au Mexique, l’entreprise compte aujourd'hui une quinzaine de salariés. Afin de renforcer ses capacités opérationnelles, l’entreprise a fait appel à de nouvelles compétences professionnelles dans le cadre du congé de solidarité.
Des experts au service de la solidarité
France Volontaires permet depuis 2005 à des salariés de partir en congés de solidarité pour des missions de courte durée. Financées par l’employeur et mise en œuvre par France Volontaires et l’organisme local (dans ce cas Microsol), elles peuvent être très diverses. C’est à ce titre que Guy Nicolas, directeur de la conformité et sécurité chez Nexans en France, vient de mener une mission de volontariat au Pérou.
Il a mis en place un système informatique facilitant l’intégration et la compilation des données pour le suivi des projets de Microsol. Quinze jours de travail en binôme avec Oscar, salarié péruvien, afin d’assurer l’utilisation et la pérennisation des nouveaux outils. « Mon implication n’est pas du ‘one-shot’. Mon objectif est de continuer à travailler pour Microsol. Je voyage cinq mois ; le week-end, en mission, j’ai du temps libre… »
Guy souligne la qualité des missions proposées par France Volontaires, pas seulement pour la mise en adéquation de compétences mais aussi pour la valeur de l’échange interculturel. « Donner des sous c’est bien, participer, c’est mieux » conclut-t-il.
Plus d'informations sur Microsol, France Volontaires, les congés de solidarité l'Espace Volontariats de France Volontaires au Pérou.
16:37 Publié dans Entrepreneuriat social, Philanthropie | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : congé de solidarité, carbone, kyoto, microsol, volontariat, perou |
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